Vivre habillé

Tout de même. Cela fait longtemps que savants ou
artistes nous signifient que nos vêtements ne sont pas
qu'un assemblage d'étoffes destiné à rendre nos corps
présentables en public. À l'évidence, cet appareil
éminemment social mérite sérieuse réflexion. Voire.
Ce n'est pas seulement un simple répertoire de formes
et de motifs annonciateurs de qui l'on est et d'où l'on
vient, ni une somme d'objets dont la mode nous
enseigne depuis belle lurette les combinaisons. Parce
qu'il implique d'emblée un regard, le sien et celui
des autres, le vêtement est aussitôt un vêtir, un acte
autant qu'un artefact. L'habit est l'être habillé. C'est
pourquoi on lui prête volontiers d'étranges pouvoirs
qui se mêlent au quotidien de nos usages : parler,
tromper, changer, éduquer, voyager... Les frères Goncourt
ne disaient-ils pas que l'amour n'était qu'un
rêve à propos d'une robe ? Tourner autour du vêtement
en faisant varier les points de vue, c'est ainsi
qu'il m'a plu de questionner nos manières d'être et
de vivre habillé.