Le cinéma saturé : essai sur les relations de la peinture et des images en mouvement

On peut lire ce texte selon une perspective phénoménologique : la
réduction est souvent le levier de la confrontation peinture/cinéma,
et la question du phénomène saturé est le fil de cette investigation.
Si l'ouvrage peut apparaître de prime abord comme une suite
d'«études de cas», c'est parce que chaque intuition est venue des
images fixes et en mouvement, et jamais du calque d'une position
conceptuelle sur ces images. On a résisté à la tentation d'aimanter
par analogies d'autres références, afin de ne pas subsumer ces images.
Ainsi s'explique le caractère arbitraire des auteurs évoqués ; une
fois admis qu'il ne s'agit pas là d'une histoire des rapports de la
peinture et du cinéma, on pourra s'étonner de l'hétéroclite des
auteurs convoqués (Lewin pour commencer et Tarkovski pour conclure).
L'étude coïncide avec cette opération où l'oeuvre va résister
toujours davantage à l'analyse : c'est aussi l'affirmation d'une
méthode, chercher la co-présence d'un commentaire à son objet,
aucune image ne devant se subroger à une autre. Les films de Lewin
supposent un type d'exégèse en deçà de la théorie, quand ceux de
Godard s'épuisent et se convertissent en théorie ; en dernière instance,
le cinéma de Tarkovski la met en déroute, laissant celle-ci
anéantie devant une évidence d'un autre ordre.
On retrouvera, au gré de la comparaison peinture-cinéma ainsi revisitée,
quelques questions cruciales de l'esthétique : celle de l'instant
prégnant ou celle de la mise en crise du cadre, celle du sublime aussi
bien. Un mouvement guide ces analyses, tel un courant dont la
trace se dessinerait en se laissant dériver. Cette dérive est celle d'une
Aufhebung de la peinture par le cinéma. Mais un retournement
s'opère : un contre-courant ouvrant à la surface du cinéma, et parfois
comme sur un écran, un remous visible. Alors le cinéma, à ses
limites, retrouve l'origine de la peinture : images acheiropoïètes
pour Godard, icônes pour Tarkovski.