Le coeur à contre-guerre : Grande Kabylie : mars 1960-mars 1962

Le coeur à contre-guerre : Grande Kabylie : mars 1960-mars 1962

Le coeur à contre-guerre : Grande Kabylie : mars 1960-mars 1962
2011309 pagesISBN 9782842065478
Format: BrochéLangue : Français

«La guerre d'Algérie ? Deux ans de

ma vie, une époque parmi d'autres,

un anneau de la chaîne que je me

suis forgée année après année, de

celles de mes vingt ans à celles qui

aujourd'hui cisèlent l'attache de mes

soixante-quinze ans.»

C'est ce que j'ai répondu à un vieux

et très cher camarade, lorsqu'il m'a

reparlé du temps où, «militaires du

contingent», nous échangions des

heures de rang nos réflexions sur

ce qu'impliquaient notre présence

et notre quotidien, à Tigzirt, petite

ville côtière de la Grande Kabylie.

Une façon de lui dire que ce n'était

pas «ma guerre d'Algérie», que je

ne la ressassais pas, que ce n'était

pas l'unique «événement» (encore

un mot hypocrite de ce temps) de

ma vie. Bref, qu'en ce début de

XXI<sup>e</sup> siècle, je n'étais pas obnubilé par

ce qu'elle avait été, et encore moins

«responsable» ou «coupable», pas

même d'une «culpabilité collective»

et partagée de ce qui s'était passé et

de l'ignominie que fut cette guerre

inavouable.

Mais lui répondait qu'on ne pouvait

l'évacuer aussi légèrement, que

nécessairement, je devais être

concerné par ce qu'elle signifiait.

Voici finalement ce à quoi cet

échange et tous ceux qui suivirent

ont abouti : un récit essentiellement

nourri de «choses vues», ce que

j'ai ressenti, de la très curieuse

atmosphère dans laquelle nous

baignions, et plus que tout des

personnes que j'ai rencontrées.

J'ai 25 ans, en 1960, lorsque j'aborde en terre

algérienne. Je le sais par les journaux et les

dires de ceux qui m'ont précédé : il y a eu de

très durs combats, des assassinats de part et

d'autre, et des massacres plus conséquents

imputés généralement aux «hors-la-loi» : les

hll des rapports de gendarmerie.

Mais je sais aussi qu'en 1960, l'Algérie est

militairement quadrillée, et la «rébellion» sérieusement

muselée. Le temps des grandes opérations meurtrières pour les deux

camps a pris fin avec l'application du plan Challe - singulièrement la

conduite de l'opération Jumelles - et la bataille d'Alger. Cependant,

les secteurs montagneux demeurent incertains.

Les appelés qui, comme moi, débarquent à Alger arrivent en un

pays, semble-t-il, quasiment pacifié. Nous n'aurons pas à affronter les

troupes rebelles du Front de libération nationale, ces troupes restant

cantonnées en Tunisie et au Maroc, au-delà de frontières constamment

surveillées et difficiles à franchir.

Le récit que j'entreprends de ces deux années algériennes n'est donc

pas celui d'un guerrier engagé dans un conflit militaire, mais celui

d'un citoyen français âgé de 25 ans, appelé durant son service militaire

à prêter main-forte aux forces de police et de gendarmerie de la

Nation afin de maintenir l'ordre en des «départements français» en

proie à des troubles politiques graves et encore sanglants.

C'est donc en citoyen répondant à ses obligations militaires que je

vais vivre ces vingt-quatre mois algériens, et c'est ainsi que mon

témoignage doit être entendu. Or je note qu'autant que je puisse au

premier abord en juger, je suis face à une opération de maintien de

l'ordre que le gouvernement poursuit depuis plus de cinq ans comme

une guerre mais sans lui en donner le nom. Aussi, quelles qu'aient

été dans les années précédentes les atrocités perpétrées par le FLN

et l'horreur des réponses de l'armée française, cela m'impose de faire

passer en priorité absolue, et sans concession, les valeurs de la démocratie

française et le respect de la légalité républicaine.

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