Histoire sociale Haute-Loire. Enfants abandonnés, enfants placés : l'industrie nourricière en Haute-Loire : Hors série 2013

L'abandon d'enfants, la mise en nourrice,
non seulement des bébés recueillis par les
institutions charitables, mais par de très
nombreux parents, choquent nos sensibilités.
N'est-ce pas une preuve évidente du peu
d'intérêt et du manque d'amour de la part des
parents ? Aujourd'hui, au temps de l'enfant-roi,
de l'enfant rare et ô combien précieux,
comment comprendre ces pratiques pourtant
pas si éloignées dans le temps ?
Dans ce numéro hors série d' Histoire sociale
Haute-Loire , trois études sont consacrées aux
enfants abandonnés ou mis en nourrice : l'une,
par Carole Brenas, sur les enfants recueillis
par l'hôtel-Dieu du Puy au XV<sup>e</sup> siècle. Dans
la deuxième, Raymonde Prat, décrit le sort
des nourrissons «exposés» et recueillis par
les hospices d'Yssingeaux au XIX<sup>e</sup> siècle. Le
troisième texte, d'Annie Gentes et de Claude
Caron, s'intéresse au cas des enfants placés
chez des nourrices par les hospices ou par des
particuliers du Puy et de Saint-Étienne, aux
XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles.
Ainsi, à trois siècles de distance, les continuités
l'emportent sur les ruptures. Comment
interpréter les abandons d'enfants qui se
pratiquent au Moyen Âge, se multiplient de la
fin du XVIII<sup>e</sup> au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle et, les
mises en nourrice, si répandues dans toutes les
couches sociales urbaines jusqu'au XX<sup>e</sup> siècle,
au moment où, dans les classes aisées au moins,
se manifeste un intérêt nouveau pour l'enfant ?
Annie Gentes et Claude Caron expliquent
alors que, à partir de 1874, se développe une
«industrie nourricière», avant que celle-ci ne
laisse place à la généralisation de la protection
de l'enfance à travers les législations sur
l'hygiène et la santé publique.