L'inceste romanesque au siècle des lumières : de la Régence à la Révolution (1715-1789)

Pourquoi tant de romans du XVIII<sup>e</sup> siècle mettent-ils en scène
l'inceste sous des formes diverses ? Certains se déroulent dans un
cadre exotico-utopique, d'autres peignent des incestes commis par
des personnages contemporains et une troisième catégorie
s'inscrit dans la vie religieuse : on parle alors d'inceste spirituel.
L'objectif de cet ouvrage est triple : décrire et analyser la
représentation de l'inceste dans le roman ; examiner l'incarnation
romanesque de cet acte illicite à la lumière de la loi et du droit
naturel, ainsi qu'en regard du fait social qu'est l'inceste ; voir ce
que la représentation d'un tabou aussi fort révèle de l'histoire des
idées.
Dans la réalité historique, l'inceste est considéré comme un
crime horrible et son châtiment est la peine de mort par le feu ou
par décapitation. Sa mise en récit, dans ce siècle qui voit évoluer la
pensée philosophique, contribue fortement à dénoncer un système
législatif considéré caduc, d'une part, et, d'autre part, à mettre en
lumière une confusion dans la structure familiale, dans un cadre
où droit politique et droit naturel vivent en tension continue. La
progression des idées chez les personnages incestueux témoigne
de l'évolution des mentalités et de la marche de l'Histoire. La
philosophie de la nature dans les romans de l'inceste se retrouve, à
la veille de la Révolution, légitimée non plus par la loi naturelle,
mais par l'opinion publique.