Le chemin vers le bas : considérations d'un révolutionnaire allemand sur une grande époque (1900-1950)

Qui veut comprendre l'échec de la révolution allemande et la
décennie qui a précédé la Seconde Guerre mondiale ne peut
ignorer les faits. Ils permettent de comprendre comment a pu
s'étendre, à la manière d'un ulcère cancéreux, l'épouvantable
sentiment de vide auquel étaient en proie tous ceux qui
croyaient pouvoir encore s'appuyer sur quelque chose, ne fût-ce
que le souvenir de leur existence politique. Si, après un
tremblement de terre, les survivants conservent quelque
espoir de voir le soleil réapparaître un jour à l'horizon, ceux
d'entre nous qui allèrent au tapis, furent rejetés ou choisirent
de prendre la fuite n'avaient, eux, plus rien à attendre. La vie
continuait en surface, mais l'épanouissement, qui fonde la prétention
individuelle à l'existence, s'était brutalement arrêté.
Ainsi s'expliquent l'apathie, l'indifférence et la montée du
cynisme. S'il se passait encore quelque chose, on ne le voyait
plus qu'à travers une épaisse cloison de verre...