Sociétés contemporaines, n° 75. L'Etat et la mort

Quelles formes prend aujourd'hui la mort «donnée» par l'État ? Atténuation
de l'obligation de «mourir pour la patrie», résistance croissante à mettre à mort
les déviants, délégitimation accentuée de la répression d'État : le droit du
souverain de mettre à mort a perdu beaucoup de sa légitimité.
Pour autant, les mises à mort décidées par les institutions publiques n'ont pas
disparu. Elles sont devenues plus complexes et moins visibles. Elles prennent
la forme de la gestion, par des acteurs institutionnels divers, de sujets aux
états-limite : foetus, morts encéphaliques, mourants, suicidaires.
La prise en charge politique de la mort - cette question biopolitique majeure -
n'a donc pas disparu, elle s'est déplacée et ses modalités ont changé, réclamant
des sciences sociales regard neuf et inventivité conceptuelle. L'enjeu est de
taille : il s'agit ici rien moins que de l'intégration dans la communauté et dans
l'ordre social de sujets «limites» qui sont autant de citoyens potentiels.