Trobar. Vol. 1. L'explosion

Autour de la date de 1100 apparaît à la cour de Poitiers une poésie
chantée qui bouleverse les habitudes esthétiques et éthiques de
l'Europe. Utilisant des modèles préparés par le trope ecclésiastique,
elle fournit la société mondaine d'un répertoire dont on n'avait
aucun exemple. Les «troubadours» rompent avec le latin et composent
dans une langue laïque et moderne, l'occitan littéraire. Ils contredisent
la morale cléricale du sexe soit par la dérision, soit par une invention
spécifique : l'application au rapport amoureux de l'homme poète et de
la dame noble de la relation constitutive du couple des chevaliers. Cette
innovation fulgurante va en cinquante ans réussir sa triple floraison :
une extraordinaire invention formelle ; un raffinement dans la psychologie
amoureuse, dont toute la civilisation occidentale est l'héritière ;
une extension des valeurs ainsi élaborées à tous les comportements
sociaux. La «civilisation de l'amour» gagne rapidement tout le pays d'oc,
l'Espagne et l'Italie. Elle multiplie les vocations poétiques, atteint le XIII<sup>e</sup>
siècle, où elle se codifie et élargit ses registres, parvenant à déborder le
grand traumatisme de la croisade albigeoise. Elle a été l'objet, à l'époque
moderne, d'un renouveau de compréhension et d'intérêt, si bien qu'on
peut parler d'une modernité des troubadours.
L'anthologie Trobar (du nom du métier des troubadours) présente les
textes dans l'exactitude de leur langue, mais dans la graphie classique
d'usage aujourd'hui, les accompagnant de commentaires, d'une traduction
française et de notes éclaircissant leur établissement et leur sens.