La gifle au goût public... et après ?

Une gifle au goût public est le titre d'un manifeste écrit par
les futuristes russes à une époque où les artistes bolcheviques
pensaient pouvoir révolutionner les formes sociales et
plastiques. Cette énergie créatrice a été déviée. D'autres
attaques, d'autres actions ont été entreprises par des
mouvements artistiques européens puis américains. Dada,
le Bauhaus, les happenings, les events ont déconstruit les
formes du goût, du public et même de l'art en réinventant de
nouveaux processus de création.
Et après ? Sur fond de «déclin du public», longuement
commenté par les philosophes, la commande publique a
ressurgi augmentée d'un rouage : les médiateurs chargés
d'ajuster la création à la réception, ou, au contraire, le
public à l'oeuvre. Cependant des artistes, partant du même
constat, ne se contentent plus de faire oeuvre dans un espace
public institutionnel et engagent des pratiques artistiques et
conceptuelles créatrices de nouvelles façons d'exister avec
les autres et avec la ville. Les transformations sociales ne se
réaliseront pas sans une révolution des mentalités, celle-ci ne
se passera pas d'une reconquête des moyens de la production
de la subjectivité non plus que d'une reconception du
collectif. Théoriciens et artistes regardent dans le même sens,
recherchent, expérimentent les conditions qui contribueraient
à construire de nouvelles modalités d'un monde commun.