Où se cacher

Où se cacher constitue, après Damballah , le deuxième volet de la
«trilogie de Homewood», sommet romanesque de John Edgar
Wideman. Il n'en a pas moins une existence autonome. Car à
l'épopée familiale, à la généalogie mythique succède ici, dans
les ruines du ghetto noir de Pittsburgh, une tragédie intimiste
à trois personnages : Miss Bess, la veuve recluse dans sa cabane
surplombant le quartier ; Tommy, le mauvais garçon en fuite,
accusé de meurtre ; et Clement, le simple d'esprit qui capte toutes
les rumeurs du voisinage. Trois solitudes, trois exilés, trois voix
déchirantes. Mais lorsque Tommy se cache chez Miss Bess, tout
bascule : elle va devoir renouer avec ses semblables, il va devoir
assumer ses responsabilités. Sous le regard de Clement. Et au
péril de leur vie.
Wideman poursuit ici son inlassable projet littéraire : redonner
voix, dignité et mémoire à une communauté sacrifiée et tentée
par l'autodestruction. Il y parvient superbement, par la grâce
d'une histoire simple et poignante, une histoire de douleur et
de rédemption, restituée dans une langue somptueuse, aux
accents de gospel et de doo-wop, qui marie le parler de la rue le
plus familier et l'exigence poétique la plus haute. L'ampleur de
la vision, la puissance de l'écriture confirment que John Edgar
Wideman a la stature d'un Faulkner : un géant littéraire, un
contemporain capital.