Camarade Carlos : un agent du Komintern en Amérique latine

De Kichinev à Buenos Aires, en passant par Moscou,
Santiago ou La Paz, l'écrivaine Alicia Dujovne Ortiz
nous convie à un formidable voyage de la Vieille Europe
au continent latino-américain, mais aussi dans l'histoire
du communisme. Elle retrace ici la biographie de son
père, Carlos Dujovne, membre fondateur du Parti
communiste argentin en 1918, puis agent du Komintern
en Amérique latine. Souhaitant confronter aux lieux et
aux faits le récit familial fondateur, Alicia Dujovne est
partie sur les traces du «camarade Carlos» à travers une
enquête qui l'a conduite du village ukrainien de ses
grands-parents, décimé par les nazis, aux archives
secrètes de Moscou puis en Uruguay et en Argentine.
Né en Argentine en 1903 de parents juifs bessara-biens
ayant fui les pogroms, Carlos part étudier à
Moscou, vivant en direct le dilemme de la succession
de Lénine. Envoyé par le Komintern à Montevideo pour
y diriger le Bureau sud-américain de l'Internationale
syndicale rouge, il participe à l'organisation des
nouveaux partis communistes du Pérou, de la Bolivie et
du Chili. Incarcéré de 1943 à 1945 dans un bagne de
Patagonie, il peut pleinement réfléchir aux crimes du
stalinisme, à l'antisémitisme soviétique et aux erreurs du
PC argentin. À sa sortie, il renonce au Parti et s'enferme
dans la solitude.
En reconstituant la vie passionnante de Carlos,
Alicia Dujovne Ortiz apporte un regard neuf sur une face
méconnue et essentielle de l'histoire du communisme
international. Le voyage de la narratrice, souvent plein
d'humour pour en atténuer l'émotion, est aussi la tentative
d'une fille pour dépasser le mutisme de son père
et saisir sa propre identité.