Année de la recherche en sciences de l'éducation, n° 2005. L'éducation, bien public et ou marchandise

L'éducation est aussi une réalité économique. Elle a un coût, elle détermine des
professions et donc des salaires et des revenus, elle est un investissement pour les
États et les collectivités, un objet d'appropriation pour les individus. Elle est un
bien.
Mais un bien s'apprécie (s'évalue), s'échange, s'acquiert, se transmet en
héritage, s'achète, se vend. Ceci n'est pas nouveau. Ni la mondialisation, ni le néolibéralisme
ne sont à l'origine du processus de marchandisation du savoir comme
de l'éducation, mais l'une et l'autre ont fondamentalement changé la donne.
Le dossier que nous proposons, constitué de sept articles, proposés par des
auteurs de trois pays, s'efforce d'articuler des notions hétérogènes mais
historiquement liées, comme celles de qualité, de privé et de public, de société de
connaissance, de marchandisation. Tout en se fondant sur des analyses qui se
veulent scientifiques, il est loin d'évacuer des prises de position politique explicites.
Après un examen des fondements du processus de marchandisation (E. Triby,
F. Danvers), un article définit la place des politiques néolibérales de l'éducation en
France (B. Charlot).
Les quatre textes qui suivent portent tous sur l'enseignement supérieur, espace
majeur de la création d'un marché mondialisé de l'éducation et, plus
particulièrement, sur l'Amérique latine dont on sait ce qu'elle représente
aujourd'hui en tant que lieu d'affrontement d'enjeux sociaux contradictoires. Ces
articles (S. Didou Aupetit, D. Dos Santos Tinôco, A. Didriksson, M. A. Dias)
manifestent à quel point ces conflits traversent les universités mais aussi, et parfois
plus encore, les institutions internationales.
Cet ouvrage représente le numéro 2005 de l'Année de la Recherche en Sciences
de l'Éducation. En plus du dossier qui donne son titre à l'ouvrage, il comprend aussi
trois articles, proposés spontanément par leurs auteurs, sur l'argumentation en
classe (M. Weisser et M.-J. Remigy), l'étude de l'enseignement comme supervision
d'un environnement dynamique (P. Dessus), la pédagogie de la surprise confrontée
à celle de l'étonnement (J. Ardoino). La présence de ces articles traduit la volonté
de la revue de rappeler sans cesse la diversité et l'hétérogénéité méthodologique et
épistémologique des recherches en éducation.