La bête que j'ai été : le témoignage d'un Réunionnais déporté dans la Creuse en 1966

Enlevé à sa mère et transporté (il dit
aujourd'hui «déporté») à 11 000 km de son
pays natal, à l'âge de 15 ans en 1966,
Jean-Pierre Gosse est l'un de ces «enfants
volés» de l'île de La Réunion qui, en application
d'un projet de l'ancien ministre
Michel Debré, ont été «sélectionnés» par
les services locaux de la DDAS pour... repeupler le département de
la Creuse, à la démographie déficitaire.
Jean-Pierre Gosse n'a pas seulement été brutalement, cruellement,
coupé de ses racines ; il a vécu, des années durant, un véritable enfer
dans diverses «familles d'accueil» où il a été placé.
Chez lui, il connaissait la pauvreté, le cadre miséreux de la case où
sa mère élevait seule tous ses enfants.
En métropole, on lui promettait le progrès, une éducation, un
avenir... En réalité, il a pratiquement été réduit en esclavage, travaillant
dur, sans salaire, parfois sans nourriture, contraint de partager la litière
des animaux, de manger les granulés que l'on donne aux porcs, subissant
des violences physiques et morales, des injures racistes.
Tout cela dans l'indifférence générale et en particulier celle des services
sociaux.
Enfant puis adolescent, il s'est senti seul au monde et a tenté plusieurs
fois de se suicider.
Adulte, il a failli sombrer totalement dans l'alcool.
C'est aujourd'hui un homme brisé, usé. Mais un homme debout qui
crie sa colère et réclame justice, qui n'a trouvé que depuis quelques mois
la force d'affronter son passé, la force de dire.
Son témoignage, celui de sa souffrance et de sa révolte, est saisissant
parce qu'il est sans effets, sans artifices. Dur et nu comme la vérité.
Une vérité que Jean-Pierre Gosse veut faire connaître, veut porter
le plus loin possible.