Emile Masson : prophète et rebelle : colloque international de Pontivy, 26, 27 et 28 septembre 2003

Émile Masson naît à Brest, en
1869. La mort soudaine de son
père, mécanicien de marine, laissé
à sa mère la charge d'élever quatre
enfants dans une modeste échoppe
de Recouvrance. Jeune étudiant
pauvre, en révolte contre l'ordre
social, Émile Masson vit, entre la
Bretagne, Paris et l'Angleterre,
l'effervescence de l'Affaire Dreyfus
et le mouvement des Universités
populaires. Il se forge une pensée
originale, résolument révolutionnaire
et libertaire, nourrie d'une vaste culture
philosophique, littéraire et humaine, marquée
par l'influence des grands humanistes de
l'anarchie : Pierre Kropotkine, Élisée Reclus,
Louise Michel, mais aussi de Tolstoï, Ruskin,
Carlyle, Thoreau, Whitman, Nietzsche et des
penseurs d'Extrême-Orient. Il lie des amitiés
fortes avec nombre d'individualités marquantes
de la contestation sociale des années 1900 :
Charles Péguy, Gustave Hervé, Jean Grave, les
premiers instituteurs syndiqués de l'École
Émancipée, Louis et Gabrielle Bouët, et les
grandes figures du syndicalisme révolutionnaire
: Pierre Monatte, Alfred Rosmer,
ainsi qu'avec des poètes, écrivains et artistes
novateurs comme André Spire et Jean-Julien
Lemordant.
Nommé professeur d'anglais au lycée de Pontivy,
il retrouve la Bretagne en 1904, où il vit
désormais «au milieu des pommes et des
paysans bretons» avec son épouse anglaise,
Elsie. Tous deux forment un couple non
conformiste d'intellectuels engagés dans tous les
combats de leur époque, et notamment, lors de
la Grande Guerre, celui des pacifistes, aux côtés
de leurs amis Romain Rolland, Michel et Jeanne
Alexandre, Jean-Richard Bloch, Marcel Martinet.
Éprouvé par tant de luttes, Émile Masson meurt
prématurément en 1923.
Le nom d'Émile Masson est resté attaché à sa
lutte pour la langue et l'identité bretonne,
illustrée par sa revue BRUG : «La langue d'un
peuple, c'est la peau de son âme !»
Mais bien d'autres facettes restent à redécouvrir
chez cet homme hors du commun, écrivain,
romancier, pamphlétaire, épistolier,
étonnamment moderne dans sa sensibilité à des
thèmes comme la place des femmes ou le
rapport à la nature et à l'environnement, et
pour qui la construction d'un monde meilleur
passe avant tout par l'éducation, la prise en
compte des identités culturelles
et la non violence.
Son oeuvre, en partie inédite, est actuellement
presque introuvable : Yves Madec, professeur de
collège ; Les Rebelles ; Antée, les Bretons et le
socialisme ; Le Livre des Hommes et leurs Paroles
inouïes ; L'Utopie des Îles Bienheureuses dans le
Pacifique en 1980...