La mort comme peine

Quels mécanismes ont contribué à légitimer le concept et l'utilisation de la mort qui
condamne ? Qui peut s'arroger le droit de tuer pour rendre justice ? Et comment peut-on
infliger, sans se sentir l'artisan d'une aberration, la plus cruelle des tortures, celle qui diffère
l'exécution de la peine dans l'attente de son improbable suspension ?
Le propos de ce livre n'est pas tant de refaire l'histoire de la condamnation à mort que de
considérer la mort qui condamne, ce qui n'a rien d'un jeu de mots.
Accepter la condamnation à mort signifie que l'on tient la bestialité humaine pour
indiscutable. Cela signifie que l'on accepte le meurtre «judiciaire» d'une personne comme un
fait «naturel» et évident qui existe depuis l'aube de l'humanité : nous pouvons dès lors en
raconter le développement historique des Mésopotamiens ou des Romains jusqu'à nos jours.
En revanche, considérer la mort qui condamne, c'est constater que la mort n'a pas toujours
été utilisée comme une condamnation. Dans cette perspective, Italo Mereu détermine quand
et pourquoi un moyen d'une telle brutalité a été adopté par le législateur, exalté par les
intellectuels et applaudi par la foule. Cette idée a été validée, présentée et ressentie comme
l'instrument le plus conforme à un certain degré de civilisation et de religiosité d'un peuple.
Le problème n'est plus de prendre acte de la bestialité humaine, mais de chercher à comprendre
pour quelle raison l'instinct homicide a été élevé au rang d'institution juridique, comment ce
mouvement impulsif et incontrôlable qu'est l'action humaine s'est transformé en une action
légale réfléchie, élaborée, soumise à des règles précises et validée par une sentence. La mort
est une sanction que même l'Église a approuvée sans faiblir, déléguant confortablement son
exécution à un bras séculier soumis à son autorité.
Ce livre, à l'image de son auteur, propose une réflexion sans concession sur un thème
dont l'actualité ne faiblit pas, si l'on considère la persistance des exécutions, d'une part, et
l'allongement mortel des peines de prison, d'autre part.