Les chemins de fer chinois : finance et diplomatie (1860-1914)

La construction des chemins de fer fut une des conséquences de l'ouverture de la Chine par l'Occident.
Après les deux guerres de l'Opium (1840 - 1860), les commerçants anglais installés dans
les ports ouverts voulurent s'ouvrir par des voies ferrées le marché, supposé immense, de la Chine
intérieure, mais leurs projets ne furent pas soutenus par le gouvernement anglais.
Ils eurent cependant pour effet de provoquer dans le milieux dirigeants chinois une vive et
longue polémique que révèlent les archives chinoises. Les partisans de la Chine immobile, hostiles
à toute concession aux Barbares, l'emportèrent d'abord mais progressivement certains
mandarins, reconnaissant les avantages des chemins de fer et invequant l'exemple du Japon,
proposèrent de les construire eux-mêmes avec l'aide technique et financière des étrangers.
C'est la France de Jules Ferry qui, après la conquête du Tonkin et la guerre franco-chinoise,
obtint en 1885 la première promesse de voie ferrée au Yunnan.
Il s'ensuivit une vive concurrence internationale : Angleterre, France, Allemagne, Belgique,
Etats Unis, Japon et Empire russe, tous concurrents et parfois alliés, voulaient obtenir
des chemins de fer de pénétration, préludes à la création de zones d'influence ; ils utilisèrent
tous les moyens de pression : canonnières ou corruption.
La défaite de la Chine devant le Japon en 1895 fut le signal d'uneoffensive des puissances
qui par la «ruée» de 1898 se firent céder des territoires à bail sur les côtes et de nombreuses
voies ferrées. Chefs d'état, diplomates et financiers étaient persuadés qu'un partage de la
Chine analogue à celui de l'Afrique, était imminent.
L'insurrection populaire des Boxeurs en 1900, quoique écrasée par l'expédition des huit
puissances, fit renoncer au partage, mais ne put annuler les concessions déjà obtenues. La
pression étrangère s'exerça alors par la finance internationale où la France jouait le rôle principal
(le Consortium des Six).
La révolution de 1911, amenée par la question du chemin de fer du Sichuan, puis l'établissement
de la république militaire de Yuan Shikai, n'empêchèrent pas une nouvelle ruée
en 1913 plus grave que celle de 1898 et qui ne fut annulée que par l'éclatement de la guerre
mondiale en 1914.
Ainsi pendant un demi-siècle, le problème des chemins de fer tint une place considérable
dans les relations de la Chine avec l'étranger au point qu'en certaines années cette question fut
le sujet principal des discussions diplomatiques entre puissances. La dernière étude sur la question
datant de 1914, le présent ouvrage apporte un éclairage nouveau gràce au dépouillement
systématique des archives chinoises, anglaises et françaises.