La sociologie malgré tout : autres fragments d'une sociologie générale

Si c'est «malgré tout» qu'il faut défendre la sociologie, c'est
malgré ce qu'elle est devenue. Bien loin de ses grandes
espérances initiales et des splendeurs que nous ont léguées
les Durkheim, Weber, Simmel, Mead, Elias, Mauss, etc. Ce que l'on
appelle sociologie s'est peu à peu recroquevillé jusqu'à apparaître
comme la «science (ou la pseudo science) des restes», la science
de ce dont ne parlent ni les philosophes, ni les économistes,
ni les historiens, ni les anthropologues, ni les théoriciens de la
littérature, etc. Éclatée en de multiples chapelles théoriques ou
idéologiques, privée de colonne vertébrale paradigmatique et
institutionnelle, elle ne croit plus pouvoir trouver son unité que
dans une référence de plus en plus incantatoire au «terrain» et à
l'empirisme, et dans ses querelles infinies sur ce qui fait la bonne
méthode ou le bon terrain.
La sociologie classique, celle qu'il nous faut faire revivre
et actualiser, se présentait tout autrement. Elle revendiquait
hautement une approche empirique de la réalité et le souci
d'établir des faits, elle aussi, mais elle n'imaginait pas que ce
puisse être accompli hors-théorie et sans enjeux normatifs, c'est-à-dire
éthiques et politiques... Dit autrement, elle se vivait comme
le lieu et le moment généraliste de la science sociale générale.
C'est cette sociologie là, autrement dit la science sociale générale,
qui nous fait désormais défaut et qu'on appelle ici à renaître de
ses cendres.