Sumida park

Auteur d'une trentaine d'ouvrages dans des
genres divers, Christian Soleil nous livre avec
Sumida Park un récit de voyage géographique,
intérieur et onirique. Le narrateur, à l'occasion
d'une première visite à Tokyo, se trouve plongé
dans un monde étrange où les choses et les êtres ne
sont pas toujours ce qu'ils semblent être. Est-ce un
pouvoir surnaturel qui lui permet d'appréhender une autre réalité ou simplement
le fruit d'une incroyable illusion ? Une série d'épreuves initiatiques
l'attendent, dont il ne perçoit pas toujours le sens profond parce qu'il a l'oeil
rivé sur l'instant. Comment une prostituée assassinée peut-elle surgir soudain
à l'angle d'une rue ? Pourquoi les visages des êtres rencontrés lui
apparaissent-ils partout ? Finira-t-il par découvrir ce qu'il est venu chercher
à Tokyo et qu'il ignore encore, ou bien va-t-il se perdre au lieu de se trouver ?
Sumida Park est un récit mystérieux et troublant comme l'âme japonaise
dont il pourrait être le portrait intérieur. On y oscille entre la sagesse
bouddhiste et la frénésie de l'extrême modernité, au fil de péripéties
nocturnes qui sèment à foison des points d'interrogation.
"J'ouvre la fenêtre sur la nuit. Elle donne juste sur la fontaine de l'entrée. Une
odeur de beignets monte d'un restaurant voisin. Sur le toit d'en face, une mouette égarée
me fixe de son oeil noir. Elle va pouvoir exécuter sa besogne, arracher d'un coup de bec
chacun des globes oculaires de la geisha pour les emporter vers la Sumida, ce fleuve
qui traverse Tokyo et passe à l'est d'Asakusa. Là, elle crachera les deux yeux dans les
eaux froides qui roulent vers le Pacifique. Elle se posera un instant sur la flamme géante
conçue par Philippe Stark et qui domine l'immeuble de verre des brasseries Asahi,
repère monumental dans la ville immense, avant de s'envoler vers le large, survolant
au passage le parc impérial et les buildings de Shinjuku. Tout est comme la rivière. On
n'entre jamais deux fois dans la même eau."