Communication & langages, n° 167. Bande dessinée : le pari de la matérialité

Ce numéro interroge la matérialité de la bande dessinée, une dimension
souvent omise dans les analyses. Or la matérialité fonde
les conditions de possibilité de l'énonciation éditoriale, elle forge
l'appareil énonciatif et justifie la métamorphose des supports.
C'est une condition instituante du média qui participe des nouveaux
usages et des pratiques culturelles émergentes.
La bande dessinée a acquis ses lettres de noblesse et sa légitimité
depuis la fin des années 1970. Légitimité esthétique et artistique
avec ses rituels, ses prix et ses salons, légitimité éducative et
culturelle avec ses écoles, ses arts et ses professions, légitimité
industrielle enfin avec ses éditeurs, ses imprimeurs et ses diffuseurs
qui se sont inscrits dans le tissu économique et social. Elle
a accompagné le déploiement intellectuel et éditorial des sciences
humaines et sociales, faisant l'objet de nombreux travaux universitaires
dans l'ordre sémiotique et esthétique, psychanalytique
et politique avec quelques incursions dans l'espace des études
littéraires ou celui des cultural studies.
Avec une approche ancrée en Sciences de l'information et de la
communication, ce dossier se propose d'aborder le champ croisé
de la matérialité et des supports de la bande dessinée. À l'heure
de la «plurimédiatisation» et des industries dites «créatives»,
la discipline présente en effet un certain nombre d'atouts pour
analyser cet art en pleine effervescence qui recouvre des réalités
médiatiques protéiformes allant du strip traditionnel à l'album en
passant par le «blog-BD» et les smartphones.