Psychanalyse, n° 23

La libération de Rafah Nached, bien que sous caution et sous
conditions, nous a réjouis. C'est une psychanalyste et une amie, et
nous souhaitons maintenant que toute poursuite contre elle soit
abandonnée, qu'elle puisse retrouver la liberté de se déplacer à
l'étranger et que nous puissions de nouveau aller la rencontrer à
Damas et poursuivre avec elle et nos collègues syriens notre travail
psychanalytique en commun. «Mettre la psychanalyse au chef de la
politique» disait Lacan dans «Lituraterre». Nous n'y sommes
certes pas, et même dans la psychanalyse, il est loin d'être vérifié et
vérifiable que la politique, dans sa dimension de gouvernance du
transfert en tout cas, ne soit pas utilisée comme fausse garantie de
l'expérience freudienne. La politique cependant, en tant qu'elle
relève du discours du maître, n'est pas à écarter avec dédain, et elle
doit au contraire être abordée avec sérieux et respect. Comment ?
Une république d'Analystes de l'École, censés être parfaitement
analysés, ne serait la solution que sous la condition d'un malthusianisme
absolu qui interdirait toute nouvelle naissance, ou d'un
eugénisme délirant qui prétendrait avoir repéré les gènes de la destitution
subjective. Parions plutôt pour que, dans la cité, la psychanalyse
persévère à être un symptôme ami, mais jamais complaisant.