Sciences et religions monothéistes : l'inévitable conflit

Nombre d'auteurs connus défendent la thèse d'une origine
chrétienne de la science moderne. Purement spéculative, la
science grecque n'aurait pu terminer que dans une impasse.
Sans la rationalité du dieu d'Abraham et sans l'Incarnation
chrétienne, point de science expérimentale ni de physique mathématique.
L'opposition de l'Église à la science relèverait du
mythe. L'affaire Galilée n'aurait résulté selon Jean-Paul II que
d'un «douloureux malentendu».
L'esprit humain ne peut pourtant appréhender le réel que via
des représentations, nécessairement relatives et révisables. La
démarche scientifique est fondée sur la remise en cause de toute
certitude. A contrario , les religions abrahamiques reposent sur
l'autorité d'une vérité révélée. Leur dieu ne hait rien tant que
le relativisme.
À l'époque du «miracle grec», mythe et raison coexistaient
sans heurt. La christianisation de l'Empire romain imposa la
subordination de la Raison à la Foi. Les Pères de l'Église asservirent
la philosophie. Averroès, Galilée, Spinoza, Darwin,
Alfred Loisy et bien d'autres subirent les foudres des autorités
religieuses. La lutte contre l'hérésie et l'extirpation de l'idolâtrie
cohabitaient difficilement avec la liberté de pensée.
La Renaissance, les Lumières, la République firent néanmoins
progresser l'idée de l'indépendance de la science et de
la religion. La reconnaissance de la pluralité des régimes de
vérité parut, dans la deuxième moitié du XX<sup>e</sup> siècle, en bonne
voie. Aujourd'hui cependant, le succès de croyances telles que
le créationnisme auprès de larges fractions de la population de
culture monothéiste manifeste la prégnance d'une forma mentis
installée depuis deux millénaires par la sacralisation de textes
porteurs d'une vérité unique.