Le jardin dans l'île

Le jardin, sur cette île, est immense et merveilleux pour
les «compagnons» dont le plus âgé n'a que onze ans
et demi. Tous les jeudis, ils s'y retrouvent. Il y a
là Boudard, Jean, Berthe, Isabelle, Germaine, Franquin,
et puis Fan. Mais Fan, aujourd'hui, sent qu'il vit peut-être
les derniers instants magiques de son enfance...
Prix Goncourt 1925 pour Raboliot , Maurice Genevoix
consacre ici sa plume poétique à l'évocation de l'enfance,
à ses joies et à ses douleurs.
«Oh ! Fan, raconte... Qu'est-ce que tu vois à travers
l'eau ?»
Enfin ! C'est la voix d'Isabelle. Fan n'a pas tressailli,
n'a même pas relevé le front. Il imagine le mince visage
aux joues faiblement rosées, aux magnifiques prunelles
mordorées. Il fait exprès de demeurer penché comme
s'il n'avait pas entendu. Mais il se met à parler doucement,
d'une voix un peu lointaine et chantante. Il dit :
«Je vois le hanneton plongeur. Il a des pattes pareilles
à des rames. Il est noir sur le dos comme un vieux sou
et, quand il se retourne en nageant, son ventre est jaune
comme une petite lune.
- Je veux le voir», dit Isabelle.