Sophia Erotica : les érotiques de Sophie Sainrapt : dessins, gravures, céramiques, peintures, livres d'artiste

Dès le début de sa formation à la peinture et à la sculpture, Sophie Sainrapt s'est montrée
d'une curiosité insatiable et s'est initiée à toutes les techniques, sur tous les supports :
tempera, acrylique, crayon, fusain, bronze, céramique, gravure...
Tout l'intéresse, tout est l'occasion pour elle de rendre hommage au corps des femmes, depuis
toujours au coeur de ses oeuvres ; qu'elle travaille au sol à grandes envolées de pinceau ou méticuleusement
penchée sur la table de son atelier.
Amie de la poésie, elle illustre de son trait jubilatoire les mots qui parlent des femmes,
de l'amour, du sexe, dans l'expression d'une jouissance joyeuse toute en sensualité. A propos
de Georges Bataille, elle dit :
« Ce qui me séduit, c'est le délire où il se perd dans la mystique cosmique de ses poèmes. Il est
parfois onirique. Le côté mortifère, je ne le prends pas. Je suis du côté de la vie. »
A-t-on besoin de culture ? De foi, de politique ? D'Enfer ou de Paradis promis, en
veux-tu en voilà ? Je n'en sais trop rien mais je crois en tous cas qu'on a besoin de cul
d'où qu'on vienne qui que l'on soit. Le cul, le fond des choses comme vous savez. Et les
jolies petites herbes qui poussent autour et qui, chez les filles remontent sur une petite
motte fendue et sombre, intrigante, attachante, on n'en a pas vachement besoin ? Tout
ça, motte, petit trou, gros trou, bite, pine, queue de nègre ou de chinois, petit bouton de
rose, clito, clitoris, fente fendue souriante, fleurs des champs, roses des amants, lèvres
avides, tout ça c'est le cul dans la pensée des amoureux et des poètes.
Et même pas besoin d'être amoureux ni poète. L'amour du cul et des fesses est
partagé par tout le monde surtout et y compris par ceux et celles qui rougissent, qui
se signent, qui vitupèrent, interdisent, insultent et crachent dessus. Les scientifiques,
Américains ou Allemands appellent ça le sexe ce qui est moins joli et moins appétissant.
Et voilà notre mot à nous : appétissant, appétit, désir, envie, ivresse, tête qui
tourne, tête perdue à corps et à cris. En Français on a des histoires de cul. Qui sont
ou qui ne sont pas forcément des histoires d'amour et de temps perdu.
C'est dans cette ivresse là enfin que Sophie se meut mais ne se vautre pas. Qu'elle
dessine comme d'autres chantent, dans le réceptacle sans fin de son inspiration, à
l'aube des poèmes ou des nuits d'amour, elle façonne ces couples qui s'aiment, qui
s'arrachent les rires et les larmes. Et le foutre divin, fontaine, jet, arc en ciel. Elle peint,
elle dessine, elle grave gravement. Et là c'est la danse, ça tourne et tourne et enivre.
Explosés ou posés comme des oiseaux, ces rondes d'amour ne se défont jamais,
rebondissent les unes sur les autres.
Vous allez voir, ce que vous allez voir !
Au nez et à la barbe des pisse-froid, des honteux, des pudibonds et des nouveaux
anglosaxons, les ribambelles de petites fleurs d'amour, ces joutes à bouche que veux-
tu, à fesses tendues, à qui mieux mieux vont vous faire aussi tourner la tête.
Et comme Sophie est un grand peintre, que ses traits sont si vifs et si féconds, qu'ils
déchirent et donnent soif, vous y reviendrez souvent.
C'est ça la beauté d'un livre.
Pascal Aubier