Marmontel, une rhétorique de l'apaisement

Le 18è siècle aima plus que toute autre période littéraire, le style ironique.
Marmontel lui préféra le style irénique. Son intelligence lui évita les vivacités
piquantes, cruelles et parfois dangereuses d'un Voltaire ; ses lumières le
mirent à l'abri des fulgurances naturalistes d'un Diderot, son coeur le protégea
des tourments misanthropiques d'un Rousseau. S'il accepta l'influence
anglaise ce ne fut pas pour bousculer le goût et la morale de son pays mais
pour inventer le Conte moral qui procura, selon lui, un «plaisir de ravissement»
à ses lecteurs dès 1760.
Parti de sa Corrèze natale jusqu'à Paris grâce à ses succès scolaires obtenus au
collège de Mauriac et aux concours académiques de Toulouse (selon un
modèle que la Troisième République étendra à tous les petits Français), il
devint l'une des figures emblématiques et paisibles des Lumières françaises en
Europe, en Russie et en Amérique septentrionale.
Ce recueil tente de dessiner, par des études consacrées à ses oeuvres théoriques
(esthétique, pédagogique et rhétorique) et à ses oeuvres narratives
(théâtre, romans, contes et mémoires), le portrait d'un esprit brillant sans la
mondanité du petit-maître, sérieux sans la gravité du pédant, novateur sans
la témérité du génie révolutionnaire. Homme du lien, il fut par ses diverses
activités intellectuelles un échangeur- médiateur conciliant Anciens et
Modernes, France et Europe, Lumières et Tradition. Il reste l'image de l'intellectuel
pédagogue, adaptateur des avancées audacieuses de son temps
auprès du public cultivé.
Il joua ce rôle grâce à une conception pacifique de la rhétorique : elle doit
convaincre sans brutalité ; elle doit dire la vérité sans blesser les consciences.
L'harmonie en fut le maître-mot.