Les hommes morts

Dans les souches calcinées je perçus le bruit du fleuve, le
grondement sauvage de l'eau qui franchit la cataracte et
fouille, tourne, roule, pour déterrer tous les monstres de
l'enfer. Un déchaînement sublime ! Puissant, impitoyable !
Rien n'en réchapperait vivant !
David aussi perçut le déchaînement. S'il se sentait aussi
vivant que moi ? Je n'en sais rien. Je sais seulement qu'il
s'arrêta, se retourna. Que je l'approuvai d'un signe de tête.
Il n'était plus qu'à la distance d'un jet de pierre, et bientôt
plus qu'à celle d'un crachat, et finalement à la distance
d'un bras, et quand nous atteignîmes la cluse, j'avais
rejoint David.
Qu'arrive-t-il à David au bord du torrent bouillonnant ?
Comment la course en montagne va-t-elle se terminer ?
C'est de façon hypnotique qu'on lit ce roman où les
épisodes s'enchaînent selon une chronologie stricte et
un plan inéluctable. Où le narrateur semble traverser la
vie comme absent au monde. Lukas Bärfuss pose aussi
un regard aigu sur les paysages, sur les expériences
sensorielles et entre en communion avec une nature
silencieuse, dans la tradition du romantisme allemand.