François le Champi : le parti-pris des humbles

Après avoir été dénigrée, parce que scandaleuse, de son vivant, George Sand est
aujourd'hui souvent considérée comme un écrivain mineur, mettant en scène des
paysans idéalisés et une vision idyllique, donc réactionnaire, du travail de la terre.
François le Champi fait précisément partie de ses romans champêtres, honnis par une
certaine intelligentsia «de gauche», qui dénie à leur auteur ce qu'on lui reconnaissait
de son temps et pour quoi on la dénigrait alors : une réflexion sociale révolutionnaire.
Pourtant, ce conte, dont l'écriture cherche à s'inscrire dans une tradition rurale,
en opposition à la culture citadine, est le fruit et la manifestation d'une réflexion
critique sur le dédain dans lequel est maintenue la culture populaire. Cette réflexion
accompagne l'évocation de grands thèmes sociaux, qui traversent toute l'oeuvre de
G. Sand : la misère sociale, incarnée par le champi et sa mère adoptive, la condition
féminine et la servitude des femmes dans le mariage, avec le couple formé par
Madeleine et son mari, le regard de la société sur les amours transgressives, au travers
du second couple qui se forme à la fin du roman, celui de Madeleine et du champi
devenu adulte, de treize ans son cadet. C'est peut-être précisément le dédain dont
fait l'objet ce roman de G. S. (comme les autres de la même) qui est le signe de son
actualité : par sa forme comme par son fond, il nous invite à repenser certains de nos
positionnements et de nos évidences, même et surtout peut-être ceux qui se targuent
d'être «révolutionnaires», et c'est dans cette perspective qu'on l'abordera.