Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Vol. 9. La fête féroce

Cher lecteur,
Je donnerais cher pour te recommander ce livre,
mais l'honnêteté me l'interdit. L'épisode qu'il
relate est non seulement féroce mais encore filandreux,
cartilagineux et truffé de petits os. S'il t'est
déjà arrivé de mastiquer une bouchée de viande
encore et encore et encore, sans parvenir à l'avaler,
tu comprendras aisément ce que tu risques.
De peur de te mettre l'estomac à l'envers, mieux
vaut donc t'abstenir d'une lecture bourrée
d'ingrédients indigestes, du style oeil de verre,
boule de cristal (en verre), voyante aux vues
troublantes, grand huit aux wagonnets rouillés,
planche de bois instable, fausse barbe qui gratte,
foule en délire et lions à jeun.
Hélas pour moi, j'ai voué ma vie à mon enquête
sur les heurs et malheurs des orphelins Baudelaire
- plus de malheurs que d'heurs, par malheur.
Par bonheur pour toi, rien ne t'oblige à me suivre
dans cette voie austère et, pour t'éviter de ruminer,
je ne saurais trop te recommander de lire plutôt
des histoires de gentils herbivores.