Le don d'avoir été vivant : essais

Malraux parfois visionnaire et Gottfried Benn, un temps, aveuglé.
Le magicien Cortázar et le fin limier Sciascia. Malcolm Lowry
en enfer et Iouri Tynianov dans les Limbes. La paradoxale allégresse de
Kafka et le gai savoir de Milan Kundera. L'énergie désespérée de Pasolini
et, de Pavese, le long projet de mourir.
Entre ces dix écrivains, quoi de commun ? Plus ils ont paru fuir
l'Histoire, plus elle les a rejoints. Plus ils ont recouru à la fiction, plus
ils se sont donné de chances de traduire la réalité. Plus ils se sont gardé
des postures romantiques, plus on fut tenté, pourtant, de les enfermer
dans cette couleur.
Rongés par la maladie ou l'alcool, enfiévrés par les poisons de l'époque ou
portés par leur exil plutôt que minés par lui. Celui-là assassiné, celui-ci
suicidaire... Leur désespoir, lorsqu'ils y ont cédé, ne doit pas cacher
l'extraordinaire vitalité - et l'ironie - qui les animent.
«Pas d'autre désespoir, a dit Christa Wolf, que de ne pas avoir vécu.»
Tel pourrait être le secret des écrivains qui ont inspiré Pierre Mertens et
dont il recueille ici l'héritage.