La dislocation (XIIe au XVIIe siècles) : histoire d'un procédé de style

Il est convenu de nommer «dislocation» un énoncé comme
Cet homme, je le connais , dans lequel un syntagme, déplacé de
sa position originelle, a été détaché et repris auprès du verbe
recteur par un pronom personnel. Bien que la dislocation soit
aujourd'hui reconnue comme un trait typique du français parlé,
elle appartient au fonds le plus ancien de notre littérature et
apparaît dès les premiers textes médiévaux sous les mêmes
traits qu'en français contemporain. Comment concilier cette
réputation d'oralité et un usage littéraire séculaire qui ne s'est
pas démenti depuis ?
La pratique et la réception de la dislocation sont largement
tributaires du discours grammatical que les phénomènes de
redondance ont suscité à partir du XVII<sup>e</sup> siècle. Oscillant entre la
faute et le procédé de style, la dislocation reste irréductible à une
description strictement formelle et son identification repose
largement sur l'intuition. C'est le principal enseignement que
livre son histoire du XII<sup>e</sup> au XVII<sup>e</sup> siècle, une histoire en prise
avec l'évolution de la langue, le développement de la réflexion
grammaticale, mais aussi avec la construction du sentiment
linguistique.