Bergson : durée et morale

La durée joue un rôle important dans la morale bergsonienne. Ce qui fait le
lien entre la philosophie de la nature et la destinée morale chez Bergson, ce
n'est pas simplement une sorte de médiation anthropologique ou sociologique : c'est
aussi une médiation spécifiquement philosophique, qui propose une certaine compréhension
du lien entre "nature" et "esprit". Selon l'auteur, ce lien peut s'effectuer
grâce à une mise en lumière de la fonction de la durée dans l'intelligence humaine
et dans son rapport à la norme morale.
Pour soutenir une telle thèse aujourd'hui , on ne peut se contenter de faire des
recherches sur l'histoire toujours vivante des études bergsoniennes. Il est indispensable
de tenir compte des réflexions actuelles menées dans le cadre de la science
physique, des neurosciences et des sciences cognitives.
Pour analyser le lien entre la durée et la morale chez Bergson, il faut donc renouer,
au-delà des réductions neuroscientifiques, cognitivistes et physicalistes, avec les
enjeux d'une philosophie de l'esprit pour déterminer enfin la position particulière
de Bergson. Cette dernière conduit à l'inscription de la durée dans la vie de l'esprit
plutôt qu'à la naturalisation de la vie de l'esprit par son inscription dans la durée.