Julien Green, un voyageur sur la terre

Paru en 1926, «Le Voyageur sur la terre» est l'une des premières nouvelles
de Julien Green. Titre emblématique pour un romancier, diariste,
essayiste, dramaturge, dont le cheminement sur terre et dans le monde
littéraire fut aussi durable que discret. Né à Paris de parents américains,
il ne cesse dès son enfance, en passant de son domicile à l'école, de
«voyager» entre deux langues et deux cultures, comme il nous le
montre dans le premier volume de son autobiographie au titre évocateur
: Partir avant le jour. Son oeuvre porte la trace de ce va et vient
constant entre la France et l'Amérique. Avide de beauté et de culture, il
ne cessera par ailleurs de voyager dans bien des pays, comme en
témoigne son immense Journal qui s'étend de 1919 à 1998, et dont il a tiré
un Journal de voyage.
Arpenteur du monde, il l'est également de la ville. Les rues de Paris,
en particulier, auxquelles il a consacré un petit ouvrage nimbé de poésie,
résonnent des échos de ses pas de jeune homme fuyant l'enfermement,
à la recherche d'aventures et de rencontres. Ses errances, qui seront
celles de ses personnages, d'Emily (dans Mont-Cinère ) à Louise (dans Le
Mauvais lieu ) traduisent aussi la quête intérieure et chaotique d'un moi
tourmenté.
Grand voyageur devant l'Éternel, Julien Green est enfin un pèlerin. La
vie n'est qu'un passage dans ce monde qui en cache un autre, invisible,
plus vrai. Il s'agit donc pour le «voyageur», et les créatures fictives qui
émanent de lui et lui ressemblent, d'en déceler les signes, et de traverser
les apparences pour le chercher sans cesse. Ses viatiques sont les
écrits sacrés ou mystiques, mais aussi sa propre écriture. Les mots se font
guides inconnus, insondables à force de profondeur et d'opacité ; de
page en page, ils conduisent l'écrivain, en quête de leur propre signification,
et l'aident à appréhender un tant soit peu le sens du mystère qui
habite le monde et les êtres qui le traversent.
C'est cette notion polysémique du voyage, récurrente dans l'oeuvre de
Julien Green, qu'ont explorée les intervenants au colloque organisé les 21
et 22 septembre 2000 par le centre Roman 20-50, avec la complicité
bienveillante de la Société Internationale d'Études Greeniennes, afin de
célébrer le centenaire de cet écrivain prolifique. Entré dans la Pléiade de
son vivant, accueilli à l'Académie Française, ayant néanmoins toujours
refusé toute étiquette, Julien Green occupe une place à part dans la littérature
française. Sa plume inspirée offre au lecteur désireux de suivre
sa trace, «mille chemins ouverts» plus fertiles les uns que les autres.