Le (dé)montage de la fiction : la révélation moderne de Mallarmé

Le texte de Mallarmé se place sous le signe d'un paradoxe au moins apparent : il se plie et se déplie comme le voile d'une révélation qui engage tout à la fois une vérité de portée universelle et un mode d'opération à caractère initiatique . Ce qu'il divulgue, plus ou moins obscurément, c'est déjà le primat du Langage ; ce qu'il annonce, plus ou moins prophétiquement, c'est déjà l'ordre de la Loi. Sous le nom de Fiction, Mallarmé aura désigné beaucoup plus que l'espace d'intransitivité où les mots se réfléchissent eux-mêmes : c'est l'économie de la jouissance qu'il aura, sinon thématisée par voie démonstrative, du moins suggérée de manière poétique. Toute son entreprise littéraire, qui est aussi bien critique qu'esthétique, donne à penser cette économie de la jouissance : elle invite le lecteur à reconnaître - ou à cesser de méconnaître - ce qui s'inscrit au creux fantasmatique du langage et de la réalité sociale, c'est-à-dire le manque.
En enregistrant les traces les plus signifiantes de ce manque, jusqu'en des lieux de discours tenus pour marginaux, comme Les Dieux antiques , le présent essai propose une relecture originale de l'ensemble de l'oeuvre et du personnage de Mallarmé.