La part du feu

Ton départ fulgurant n'a été qu'un immense
appel, un cri total vers la vie, d'une intensité qui
l'a transposé hors de l'audible. Étourdissant, il se perpétue
en infrasons pour demeurer ici.
Par bonheur, la musique était entrée en moi assez
tôt pour me faire vibrer d'une autre manière. Ces derniers
temps, je n'ai été que la fille adoptive du silence.
L'heure est venue de réintégrer le domaine impalpable
des sons pour y trouver le soulagement. Finie l'inaction
totale qui éteint. Heureusement, en musique,
il s'agit d'abord de planer sur des étendues calmes,
en attendant de redevenir capable de se laisser filer
pour descendre des rapides, animé d'une autre sorte
d'émotion.
La musique éternelle, indestructible, n'est pas soumise
aux contingences de l'humanité. Dans l'abri de
son enceinte immatérielle, un pouvoir invisible me
maintient en dehors de la menace de tout arrêt du
sort. Je réapprends à entendre autre chose que mon
chagrin.