Pour une fédération européenne d'Etats-Nations : la vision de Jacques Delors revisitée

Comment, en cette période troublée, ne pas repenser aux mots de Jean Monnet :
«L'Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces
crises». Or, si l'on voit poindre, timidement et dans un certain désordre, des «solutions»,
personne ne sait plus à quoi ressemblera la «somme» de celles-ci.
La plupart des décideurs ont déserté le champ de la réflexion sur le destin politique de
l'Europe et leur recours épisodique à l'approche fédérale apparaît souvent comme un
slogan sans véritable contenu.
Pourtant, - est-il besoin de le souligner - une action sans vision n'est pas à la hauteur
des défis posés par le bouleversement du monde, qu'il soit géopolitique, économique,
climatique, ou démographique. Il est urgent de redonner du sens au projet de
construction européenne.
Au milieu des années 1990, Jacques Delors a proposé un concept fédéral innovant pour
penser le présent et l'avenir de l'Union européenne : la Fédération d'Etats-nations. La
formule a fait son chemin mais elle a aussi été décriée par certains qui y voient un
oxymore.
Pourtant, la Fédération d'Etats-nations était et reste la bonne intuition pour penser
l'unité européenne.
L'Union européenne a développé un modèle de fédéralisme sui generis - équilibre subtil
entre légitimité des Etats et des citoyens - qui à bien des égards présente déjà les traits
d'une Fédération d'Etats-nations.
Mais la Fédération d'Etats-nations est surtout une vision pour l'avenir, au-delà du
bricolage institutionnel actuel, illisible pour le citoyen. Elle reste la meilleure approche
pour concilier diversité et unité au sein de l'Union et pour réaliser sa véritable
démocratisation.