La presse à Nantes de 1757 à nos jours. Vol. 1. Les années Mangin (1757-1876)

Quand, venant de Paris, Louis Victor Amédée
François Mangin arrive à Nantes en 1777, il a
tout juste vingt-deux ans, l'âge de Rastignac.
Disgracieux, décrit comme « une figure singulière »,
il est malin et sait flairer le vent. Il
ouvre une «petite poste» sur un quai de
Loire auquel une poterne donne son nom.
Avec son fils puis ses petits-fils, et ce
prénom de Victor qu'ils se transmettent
comme un talisman, les irréductibles Mangin,
cauchemars des préfets, vont fonder la presse
nantaise. Ils auront des ennuis judiciaires sous
tous les régimes ; suspendus, accablés
d'amendes, ils iront à tour de rôle en prison.
Mais ils tiendront bon, avec aux heures difficiles
le soutien d'un vieil abonné, nantais par
sa mère, Victor Hugo, proscrit sur son rocher
anglo-normand. Les Mangin sont les figures
emblématiques de la fabuleuse histoire qui
commence ici.
Raconter cette saga, c'est rappeler à la
lumière des héros d'un jour, des anonymes
pris dans la course des événements ; c'est
aussi redonner vie à des personnages statufiés
qui appartiennent à l'histoire, mettre au jour
ce «vocabulaire intime» dont Charles Monselet
dit qu' «on devrait [en] faire pour chaque
ville» et que «le coeur en battrait plus fort».