Le temps d'un mensonge

Simplement muni d'une carte postale illustrant la
photo d'un restaurant, un clandestin débarque à Paris à
la recherche de son frère qui vient juste d'être
«reconduit», expression actuellement à la mode
semblant contenir un peu plus de civilité. Il décide d'élire
domicile sous un abribus où il se lie d'amitié avec un SDF
dans un immense appétit de converser. À force de
fabulations, ils sont transportés tous les deux dans un
empire à la Idi Amin Dada sous les tropiques où le
clandestin se retrouve grand Empereur et le SDF, son
conseiller principal. L'ambition absolue de perpétuer son
pouvoir platonique pousse l'empereur à adopter une
attitude d'écoeurement vis-à-vis des urnes qu'il suspecte,
en premier lieu, être des acteurs pouvant transformer, au
plus vite, son trône en un siège éjectable. L'empereur
usera du stylo et du papier en-tête Présidence de la
République qui décuplent institutionnellement son
pouvoir pour mobiliser tout son pays dans une guerre
sans fin contre les urnes par l'entremise d'un décret.