Le candidat

Un cri horrible la tira brusquement de sa sombre
rêverie. Enfin, il avait fini par tomber ! On n'avait plus besoin
de couscous, se dit-elle, enfin libérée. Jamais des youyous
aussi puissants, aussi sincères ne s'étaient formés au fond
d'elle-même. Bloqués dans son gosier, mais déversant une
joie illimitée, un apaisement divin. Le petit Farouk ne sera pas
circoncis : il est mort. Ange il a vécu, ange il est parti
rejoindre les siens au paradis !
Ce n'était pas de sa faute, elle ne pouvait pas le voir :
elle avait le dos tourné. C'était à la mère de surveiller son
gosse au lieu de papoter avec les voisines.
Des gouttes de sang avaient atteint le couscous étalé
sur le drap blanc, roses cauchemardesques.
Le ballon rouge glissa jusqu'au pied cramoisi de henné
d'Anissa et s'immobilisa. Elle sursauta puis se mit à hurler...