Deux heures à tuer au bord de la piscine

Quand Victor Lanoux trimballe sa carcasse au bord d'une
piscine, d'un plan d'eau, avec même deux heures à tuer, il est
permis de se poser des questions. Surtout que l'on sait que nulle
caméra ne s'agite dans les parages campagnards. Et vous avez
raison de trouver étrange le tête-à-tête de cet homme avec lui-même.
De l'insolite, du baroque, du singulier, du jamais vu.
Lanoux n'avait pas voulu, jusqu'ici, évoquer ses presque quatre
fois vingt ans d'existence. Se confiait-il seulement à son oreiller ?
Pas sûr. Devant cette piscine, il se raconte enfant, il quitte
son amnésie, afin de se mettre à table et de faire une sorte de
point. On croyait, certains privilégiés du moins, connaître le
comédien, deviner l'homme au caractère peu malléable, voire
fougueux. Il n'en était rien. Quand là, triturant ses bâtons qui
l'aident à tenir debout, il nous distille les joies, les brûlures de
son existence, il n'essaie pas d'enjoliver, d'apitoyer. Il est vrai,
authentique, touche juste.
Et, dans ces remous de la piscine, remous causés par sa canne
d'homme blessé, d'homme à vif, on l'entend évoquer toutes les
étapes de sa vie et se rappeler ce que lui avait dit le poète René
Char : «Victor, la vie, c'est l'éclair.»
Homme des silences, de coeur et d'esprit, plus que jamais le
promeneur immobile de la piscine n'a pas fini de nous troubler...