1re grâce

Je suis venu à l'écriture par une femme, ma seconde
mère à laquelle j'écrivais assidument depuis ma prime
enfance dans les années 60 jusqu'à mes années universitaires
en Haïti plus de vingt ans plus tard. Entre-temps j'écrivais
à d'autres femmes faute de pouvoir leur parler pour de
vraies raisons ou pour parler de la pluie et du beau
temps. Et puis le pli m'est resté d'associer le sexe dit
faible à tout : à des questions essentielles comme à des
questions littéraires. Pour ce qui me concerne, je prétends
qu'on écrit toujours à une femme, ou pour une femme,
ou à cause d'une femme, pour ne pas dire que toute
écriture informe, suggère une présence féminine. Ou du
moins pour ce qui me concerne. Je crois savoir que ce
fut le cas pour le poète Pierre Jean Jouve.
En cela, je ne suis pas le seul. Ma filiation directe remonte
à Louis Aragon qui a emprunté le nom d'Elsa pour
parler d'autres choses, en en faisant un prétexte à écriture.
Il a bâti ainsi, entre autres choses, un amour poétique, ou
il a érigé une cathédrale à l'amour. On peut mentionner
l'Aure de Pétrarque, ou la glorification de l'aimée en
Elvire par Lamartine. Mais une femme peut en cacher
une autre, de même qu'une écriture une autre. L'amour
pour une femme peut conduire à l'écriture, tout comme
l'amour de l'écriture peut conduire à la femme. Et vice
versa. Il en va ainsi pour moi. Qu'en est-il pour vous ?
En tout cas, telle est cette oeuvre dans sa formulation.