Evolution économique de Bouaké de 1858 à 1939

Évolution économique de Bouaké
de 1858 à 1939
La ville de Bouaké, désormais perçue comme une cité attractive majeure,
c'est-à-dire comme un véritable centre d'impulsion et de diffusion de la
croissance, des richesses naturelles et des biens de consommation sur
l'ensemble du territoire ivoirien et, partant, dans quelques pays voisins
de l'espace ouest-africain, sera particulièrement sollicité par la métropole
(la France). Et, pourtant, la région de Bouaké, point focal de notre intérêt,
est une zone de savane arborée aux sols non propices aux cultures
d'exportation traditionnelles (le café et le cacao), socles de l'économie
ivoirienne. De plus, Bouaké et sa région sont éloignées de la zone côtière
où, grâce à l'océan Atlantique, Abidjan et certaines villes prospèrent, du fait
du commerce maritime. Enfin, les peuples baoulé autochtones de ladite
région ne sont pas des commerçants. Ils sont originellement attachés aux
activités de la terre. Comment alors expliquer le poids économique
de Bouaké depuis la fondation de Gbêkêkro en 1858 jusqu'à la veille
de la Seconde Guerre mondiale ? De cette curiosité générée par la
contradiction ci-haut exprimée découle toute une série d'interrogations qui
ouvre des pistes pour la compréhension du sujet : Comment expliquer la
transition de l'économie de Bouaké du mode de production précoloniale
à l'institution d'une économie coloniale de marché urbain ? Les rôles
économiques ont-ils été depuis toujours les traits dominants de l'ensemble
des caractéristiques de Bouaké ? Si oui, quels sont les différents atouts
qui, sur le plan naturel et sur le plan des politiques économiques et des
stratégies commerciales ayant régenté la ville, donnent à Bouaké sa
légitimité de deuxième ville économique de la colonie après Abidjan ?
Les questions relatives à la vie précoloniale à Bouaké, les motivations et
les conditions de la création de la ville, ainsi que, le rapport immigration-émergence socio-économique, sont autant de questions objectives qui
intéressent, au premier chef la critique historique, l'anthropologie, la
sociologie et l'économie. En définitive, nous osons poser, à partir de cette
étude, un problème intégré à l'histoire des grandes cités marchandes
d'Afrique en général, et de celles de la Côte d'Ivoire en particulier.