Jeanne d'Arc : les métamorphoses d'une héroïne

Jeanne d'Arc : les métamorphoses d'une héroïne

Jeanne d'Arc : les métamorphoses d'une héroïne
Éditeur: Place Stanislas
2009177 pagesISBN 9782355780356
Format: BrochéLangue : Français

«Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le

tombeau des héros est le coeur des vivants...». C'est avec ces

mots qu'André Malraux saluait, le 31 mai 1964, le souvenir de

Jeanne d'Arc. À ses yeux, elle était «la seule figure de victoire

qui soit une figure de pitié !».

Jeanne d'Arc nous échappe malgré 20 000 statues publiques, sans compter les

innombrables représentations en fonte ou en plâtre, près de 800 biographies parues

entre 1790 et 1990, une quarantaine de films, des centaines de pièces de théâtre ou

de tragédies. Les plus grands ont tenté de percer ce personnage. Verdi, Michelet, Barrès,

Péguy ou Malraux s'y sont essayés. Sarah Bernhardt, Michèle Morgan, Ingrid Bergman,

Jean Seberg, Madeleine Robinson, Sandrine Bonnaire ou Milla Jovovich lui ont prêté leurs

traits. Quels que soient les efforts, elle continuera à s'esquiver. Elle semble avoir déserté le

monde pour gagner un empyrée où elle demeure visible sans pouvoir être saisie. Elle est

un personnage de chair devenu une icône, une femme faite sainte, une guerrière restée une

bergère, un chef de guerre n'ayant jamais fait couler elle-même le sang.

Encore vivante, Jeanne d'Arc avait tout pour être une héroïne : issue d'un humble village

des marges de Lorraine, puis inspirée par Dieu, proche du roi Charles VII pendant quelques

semaines, guerrière, morte en martyre, autant d'éléments propres à susciter la fascination.

La vie de Jeanne ayant été pour l'essentiel publique (hormis l'épisode des voix), ce fut aussi

une vie spectacle qui frappa les contemporains puis toutes les générations jusqu'à

aujourd'hui. Son histoire est maintenant bien connue.

Elle fut immédiatement instrumentalisée, utilisée, discutée. Cela commença au XV<sup>e</sup> siècle

et continue au XXI<sup>e</sup>. C'est cette dimension que ce livre explore en privilégiant le cadre

français tout en se permettant un petit détour vers le monde germanique qui fit tant pour

la redécouverte de l'héroïne. Il y a des «Jeanne» anglaise, italienne ou américaine, mais

nous observerons surtout celles nées de l'imaginaire hexagonal. Les images accompagnent

le texte pour l'illustrer, parfois pour s'en écarter afin de fournir un regard supplémentaire.

Les cartes postales un peu kitsch du début du XX<sup>e</sup> siècle ou les gravures en taille-douce de

l'ancien régime, les écrits des poètes ou les propos des politiques, les interventions des laïcs

ou la parole de l'Église dessinent de multiples Jeanne. En lui donnant les couleurs de leurs

pensées, en lui faisant suivre l'actualité, les Français se sont approprié ce personnage. Depuis

sa mort sur le bûcher, elle a vécu des milliers de vies, nous n'en présenterons ici que quelques-unes.

Toutes ces existences réinventées montrent que la jeune Lorraine partie aider son roi est

devenue un «lieu de mémoire». Robert Badinter le disait, le 2 juin 1996 à Rouen, «le message

de Jeanne a valeur universelle».

Philippe Martin

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