Action poétique, n° 190

Action poétique, n° 190

Action poétique, n° 190
200880 pagesISBN 9782854631791
Format: BrochéLangue : Français

Tous les poissons, tous les crustacés, tous les

mollusques, tous les coquillages, pour une

soupe (le mot a pris du poids, depuis sa naissance,

ici, fin du XII<sup>e</sup> siècle...), et pour toutes

les soupes :

la chaudrée, n.f., dans les dictionnaires entre

«chaudière» à «chaudron» ; la marmite, n.f.,

entre «marmitage» et «marmitée» ; le potage,

n.m., entre «potache» et «potager» ; la potée,

n. f., entre «poteau» et «potelé» ; le pot-au-feu,

n. m., entre «potassium» et «pot-bouille»...

Et aussi la bouillabaisse, la bourride, la

cotriade, la crème d'ortie de mer, la matelote,

le ttoro, le velouté, la zarzuela... Et la bisque

Bisque , nom féminin cassé à l'étymologie

incertaine ( bisque aurait la même racine que bis,

bisut, besigue, bistouri ou bistro !), peut-être d'origine

normande, ou méridionale - opinions très

partagées -, attesté ici dès la fin du XVI<sup>e</sup> siècle,

chez Meslin de Saint Gelais, poète humaniste

ami de Marot, ennemi de la Pléiade...

Au XVII<sup>e</sup> siècle (Furetière), la bisque est un

potage de volailles et gibiers, avec jus de mouton,

garniture de crêtes et de rognons ; elle

devient bisque de produits de la mer (ou d'eau

douce : les écrevisses), au cours du XVIII<sup>e</sup>

siècle et s'impose au XX<sup>e</sup> siècle comme un

potage-crème relevé, à partir d'un coulis de

crustacés, souvent traité au vin blanc, flambé

au cognac, avec, en garniture, un salpicon du

produit de la mer utilisé.

Crevette - la «chevrette», car elle se déplace par

soubresauts comme une petite chèvre - un nom,

venu de l'ouest, dit-on, connu de Rabelais.

C'est un crustacé antennifère, à carapace souple

articulé, marin ou d'eau douce, dont on

consomme l'abdomen.

Des USA au Brésil, du Viêt-nam à l'Espagne,

fraîche, congelée, séchée, la crevette se croque

nature, après un passage en eau bouillante

salée, ou en hors-d'oeuvre - aspic, beurre,

coquille, mousse, salade, sur canapés, ou frite,

marinée, en brochettes, en beignets, en purée,

au bain-marie, ou encore sautée, mais aussi

en composition avec le potiron, notamment,

comme en Virginie, sur la côte américaine de

l'Atlantique, à Norfolk, à Portsmouth, ou dans

le nord - est brésilien, à Salvador de Bahia ou

à Recife - à Olinda, plus exactement, rua do

Amparo, au restaurant Oficina do sabor...

Potiron , dès 1520 dans notre langue - le sens

actuel s'imposerait vers 1650 - ; «gros champignon»

orangé, fruit d'une plante potagère,

famille des cucurbitacées, une des variétés de

la courge ; rafraîchissant, laxatif, apaise, dit-on,

les ardeurs de la chair ; s'apprécie en potage,

tarte, soufflé, gratin, marmelade...

La recette de Virginie : nettoyer l'intérieur

du potiron (graines, parties fibreuses) l'éplucher,

couper la chair en morceaux, réserver.

Plonger les crevettes vivantes (150 grammes

par pers.) dans une eau bouillante salée, les

égoutter, les décortiquer, les réserver ; passer

carapaces et rostres à la moulinette fine,

puis par l'étamine, ajouter cette pâte à l'eau

de cuisson ;

ajouter la chair du potiron, bouquet, sel, poivre

blanc ; ébullition douce, 15-20 minutes ;

ôter le bouquet : passer au presse-purée, compléter

la préparation par du lait chaud, afin de

la rendre moins épaisse - la bisque doit glisser

dans l'assiette - ; ajouter les crevettes, laisser

poser ; beurre salé avant de servir.

La recette d'Olinda , autre : un potiron

«portion», moins de 2 kilos ; conservé entier,

seulement décapité, l'intérieur nettoyé, mis

tel, la chair légèrement tailladée, assaisonnée,

clou de girofle broyé, peu de sel, pointe de

cayenne, huile d'olive vierge, de 20 à 40 minutes

au four ; lorsque la chair a fondu, ajout des

crevettes blanchies, décortiquées et découpées

; à nouveau au four pour 10-15 minutes ;

le potiron est alors posé tel sur l'assiette.

Au-delà du délice.

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