Les Einsatzgruppen : les groupes d'intervention et la genèse de la solution finale

Constitués à l'origine de volontaires issus de la SS, les Einsatzgruppen
(«groupes d'intervention»), sont actifs dès 1939. Réorganisés au printemps 1941,
ils opèrent à partir du 22 juin 1941 sur le front de l'Est, derrière la Wehrmacht,
et étoffent massivement leurs effectifs au cours des dix-huit mois suivants. Donné
avant l'offensive, l'ordre de tuer les cadres du régime soviétique et les hommes
juifs adultes bascule en décision génocidaire dans la première semaine du mois
d'août 1941. Loin d'être éloignée du massacre, la Wehrmacht en est le premier
témoin oculaire tout en prêtant souvent main-forte aux tueurs.
En moins de cinq mois, le massacre devient un génocide à l'échelle de l'URSS
d'abord (août 1941), puis à celle du continent européen tout entier (novembre 1941).
Les tueries par fusillades opérées par les Einsatzgruppen constituent le laboratoire
de la «solution finale».
La machine génocidaire connaît toutefois des ratés. À partir de la tuerie de Minsk
à laquelle il assiste le 15 août 1941, Himmler se déclare convaincu qu'il faut mettre
au point un autre moyen de mise à mort, plus rapide et discret, moins éprouvant
surtout pour les tueurs. Ce sera le camion à gaz (Chelmno, décembre 1941), puis
la chambre à gaz.
Les volontaires du meurtre de masse n'étaient pas des hommes ordinaires, mais
les héritiers d'un endoctrinement pour lequel tout Juif constituait une nuisance
à éradiquer. La force des Einsatzgruppen tient à la convergence de l'endoctrinement,
de l'esprit de corps qui ouvre le chemin aux exactions de groupe, et d'une
coupure d'avec le monde traditionnel qui permet de lever les inhibitions.
Ralf Ogorreck analyse le recrutement, la formation et le modus operandi de ceux
qui mirent en oeuvre cette «Shoah par balles» dont on commence à peine à
mesurer l'ampleur.