Jean Sulivan : l'écriture insurgée

«Ne craignez pas pour ceux que vous laissez,
disait-il. Votre mort en les blessant va les
mettre au monde». L'oeuvre de Jean Sulivan,
alias Joseph Lemarchand (1913-1980), prêtre
atypique du diocèse de Rennes, journaliste,
animateur du ciné-club de la Chambre noire,
auteur et directeur de collection chez
Gallimard, s'avère aujourd'hui d'une étonnante
actualité. En croisant différentes
approches - historiques, littéraires, cinématographiques,
théologiques - et en donnant
la parole à ceux qui l'ont connu hier ou qui le
découvrent aujourd'hui, ce livre est d'abord
une invitation à lire ou à relire celui qui se
disait un passant et qui fut un passeur , plus
présent que jamais. «Écrire, affirmait-il
encore, c'est se mettre en état de rupture et
non pas revenir au passé, toujours si merveilleusement
vécu par nos ancêtres qui étaient
bons, généreux, pieux, patriotes ! Fini tout
cela. [...] La nostalgie trahit quelque chose.
On ne peut être que contemporain. Vivre ici
et maintenant. Ou bien l'incarnation est une
imposture. Comment sans blasphémer ne
plus en finir de rêver du passé ?»