La peinture allégorique au Grand Siècle

Dans le domaine de la peinture le Grand Siècle a hiérarchisé les genres.
Gravissant les échelons on rencontrait successivement la nature morte,
le paysage, le portrait, les scènes tirées de l'histoire et de la fable et, tout en
haut, les compositions allégoriques montrant les «vertus des grands hommes
et les mystères les plus relevés».
Ce genre supérieur convenait aux monuments prestigieux, palais royaux et
salle d'audience des grands parlements.
Le code allégorique était complexe. À côté des symboles les plus répandus
- la Foi, la Justice, la Renommée... - il en comprenait d'autres plus précis
- la Félicité publique - ou plus complexes - l'OEuvre qui ne peut réussir.
Les artistes étaient rompus à l'usage de ces symboles codifiés dans l' Iconologie
de Ripa parue à Rome en 1593 et dont ils possédaient des traductions.
Les amateurs d'art n'en étaient pas moins informés. En leur proposant
le «plaisir des yeux» l'oeuvre peinte les introduisait aux «délices de l'esprit».
Le genre fut délaissé et la compréhension de la peinture allégorique s'était
perdue, à tel point que, lorsqu'au XX<sup>e</sup> siècle l'histoire de l'art a pris son essor,
la plupart des auteurs renoncèrent à pénétrer ces messages jugés trop
complexes. Jusqu'à une date récente les tentatives d'interprétation ont été
la source de nombreuses erreurs. Il en fut ainsi pour la Galerie des Glaces
et le Parlement de Rennes.
Virginie Bar a d'abord inventorié, clarifié et ordonné tous les symboles
contenus dans l' Iconologie de Ripa, important travail consigné dans
le Dictionnaire iconologique écrit en collaboration avec Dominique Brême
et paru en 1999.
Elle a ensuite consacré sa thèse de doctorat à une interprétation exhaustive,
complètement renouvelée par rapport aux interprétations anciennes,
des ensembles allégoriques du Grand Siècle qui nous sont parvenus :
à Versailles, Lyon, Rennes et Dijon. Cette étude qui fera date dans
la redécouverte de la peinture classique est l'objet du présent livre.
La restauration récente du Parlement de Rennes et celle prochaine de
la Galerie des Glaces à Versailles en rehaussent l'intérêt.