Le dur métier d'apôtre : les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité (1870-1914)

Peut-on - si toute forme d'art, toute poésie se définit comme la
mise en place d'un système codé visant à la beauté et à l'harmonie
- concevoir une poésie réellement catholique, c'est-à-dire
«universelle» ? Comment concilier la double exigence, esthétique
et spirituelle, du plaisir du lecteur et de son édification ?
Une poésie catholique vraie doit-elle d'ailleurs viser un public,
et quel public ? Déjà conquis parce que adhérant aux mêmes
croyances ou, au contraire, à séduire, à convaincre par l'harmonie
versifiée du message évangélique ? Ce sujet dépasse d'ailleurs
l'unique question littéraire pour toucher à la spiritualité ; et le
choix a paru essentiel à la plupart des poètes confrontés à la
double exigence de la création, autonome par essence, et d'une
célébration pas toujours figée, mais limitée par des préceptes catéchistiques,
infranchissables sous peine de n'être plus conformes à
l'orthodoxie.
En réalité, tous les critères d'ordre uniquement esthétique
concernent aussi le sens métaphysique de la poésie catholique.
L'artiste chrétien se sent l'élu de Dieu : il est convaincu d'avoir
reçu de lui l'inspiration, ce don de l'Esprit qui, par son souffle, fait
de l'homme un poète, celui à qui - étymologiquement - il donne
la capacité, ou mieux la mission, de créer à l'image du Créateur.
D'où l'attention portée à l'art poétique, qui n'est pas seulement
l'art de faire de la poésie, mais la résolution de la grande énigme
de la Création et de la place de l'homme, du créateur, dans le cosmos.