Sur les rails : la littérature de voyage : de la réalité aux profondeurs de l'âme

Le chemin de fer a eu un rôle majeur dans la vie des individus et de la
société française et européenne à partir du XIX<sup>e</sup> siècle. La diffusion du rail
porte en soi un changement radical des rythmes de l'existence dès 1840 et
jusque dans les années 1930. Les oeuvres littéraires, spécifiquement en
France et en Italie, témoignent, chez les premiers voyageurs, des réactions
d'enthousiasme et de crainte qui s'expriment souvent par métaphores
animales. La locomotive est alors un monstre frénétique qui dévore les
espaces, incarnant le triomphe de la science et la destruction du vieux
monde calme et immobile. C'est l'instabilité, due à une nouvelle relation
entre temps et espace, qui trouble les consciences des passagers. Les
voyageurs du rail entre le XIX<sup>e</sup> et le XX<sup>e</sup> siècle sont confrontés à des
relations occasionnelles et fuyantes avec leurs compagnons de route ainsi
qu'à des images aperçues par la fenêtre, déformées par la vitesse et
englouties par la course du train. Ils ont, par conséquent, tendance à se
refugier en eux-mêmes, refusant tout contact avec l'extérieur, et se forgent
un paysage individuel, constitué des angoisses et des états d'âme qui les
hantent pendant le voyage, et les mènent vers l'évasion et l'abstraction
fantastique, parfois même jusqu'au seuil de la folie.