Les Juifs ont-ils du coeur ? : discours révolutionnaire et antisémitisme. Entre nature et histoire, les Juifs

Faisant d'eux des citoyens à part entière, la Révolution
française se pense et se pose comme l'émancipatrice des Juifs.
Pour les révolutionnaires et les écrivains des Lumières le
judaïsme n'est-il qu'un particularisme à résorber et les Juifs
qu'une minorité parmi d'autres qu'il s'agit simplement
d'émanciper et de libérer au sein de l'universalité révolutionnaire
des droits de l'homme ?
Cette étude montre que le rapport entre la Révolution
française et les Juifs n'est pas aussi extérieur et indifférent. La
Révolution française, reprenant à son compte la symbolique
juive des tables de la loi et des dix commandements, entend
d'abord s'approprier le lieu qu'elle attribue aux Juifs - le lieu
de l'universel - une place à occuper dont il s'agit d'écarter
les Juifs historiques avec leur concrétion de défauts physiques
et mentaux, leur religion particulière, obscurcissement inextricable
de la religion naturelle et de la raison, dont le Talmud
n'est plus, selon l'abbé Grégoire, que le cloaque.
Par son oeuvre programmatique de régénération, la
Révolution française doit permettre aux Juifs, en un instant
fondateur, de passer d'un statut proche de l'animalité à l'état
humain et politique.
«Il faut du courage, du coeur à Monique-Lise Cohen
pour briser les tables de la loi du consensus qui règne, cette
représentation bénigne de la Révolution purement libératrice»
écrit Henri Meschonnic dans le texte liminaire qui enquête
en écho auprès de Bernanos et de Giraudoux.