Le baiser : le corps au bord des lèvres

Qu'est-ce qu'un baiser ? Un très prosaïque mouvement labial
et musculaire, précis et entraîné, ou bien l'adorable caresse,
la "sublime ivresse d'une bouche sucrine" chantée par Verlaine ?
Est-ce un don ? une promesse ? un cadeau empoisonné ?
une traîtrise ?
Alain Montandon parcourt pour nous, en érudit, la littérature
ethnographique et la littérature tout court pour peindre ce qu'il
en est du corps lorsqu'il embrasse. Message sans mot, le baiser
regorge de significations contradictoires, trompeuses, enchantées
ou dépitées. Il est en effet tour à tour viatique ou don sans
retour et voit son usage courir de l'allégeance - au souverain,
au religieux - jusqu'à la manifestation du pouvoir sur l'autre -
le baiser de mort - en passant par l'union des âmes.
Dans cette infinie variété signifiante, seule est possible une
phénoménologie pour rendre compte d'un langage immémorial
et propre au corps, lorsqu'il s'offre à autrui en désirant s'y immiscer.
Baiser donné ou volé, consenti ou réclamé, écrit fiévreusement
ou soufflé de la main, nous découvrons que le baiser,
mouvement du corps à la recherche du souffle de l'autre,
n'entend rien, pas plus que le corps lui-même, au dualisme
de la matière et de l'esprit. Car il est double : mystique et érotique.