La construction du conservatisme moderne aux Etats-Unis

Après l'élection à la présidence des États-Unis de Ronald Reagan, puis
celle à deux reprises de Georges W. Bush, on s'est beaucoup interrogé
sur l'influence des réseaux "conservateurs" ou "néoconservateurs" dans la
politique américaine. Quels liens ont-ils avec le Parti républicain ? Pourquoi
et comment sont-ils parvenus à y occuper une place prépondérante ?
La thèse défendue dans cet ouvrage préfacé par le Professeur James
Ceaser, de l'Université de Virginie, éminent connaisseur des institutions
américaines, est que, malgré une étiquette commune, ce conservatisme-là
n'a jamais connu d'unité théorique. Il se révèle plutôt comme une coalition
de groupes disparates (traditionnalistes, libertariens, conservateurs
religieux, néoconservateurs), promouvant des principes différents, voire
contradictoires, au-delà de ce qui a pu les rassembler épisodiquement. Ils
se sont d'ailleurs montrés plus à l'aise dans leur opposition à la Gauche
que lorsqu'ils tenaient en main les rennes du pouvoir, face au pragmatisme
d'un président de leur camp comme Ronald Reagan. Autre point essentiel :
ils ont créé une infrastructure institutionnelle complexe qu'il s'agit de
décortiquer. Animés par de grandes familles philanthropiques issues du
mondes des affaires et par des fondations nouvelles, de nombreux "think
thanks" ont été dynamisés, non sans hostilité de la part de l'establishment
intellectuel souvent proche du Parti démocrate.
Il s'agit ici, en termes de science politique, de révéler l'ingénierie politique
mise en oeuvre par les acteurs et les réseaux clés impliqués, en tenant compte
des idéologies, des stratégies et des jeux d'influence qu'ils véhiculent dans
les allées du pouvoir.